Archives de Catégorie: D.F. (Distrito Federal)

Exposition Leonora Carrington à Mexico

Pour ceux qui sont sur place et qui connaissent ou non « la Carrington », expo vivement recommandée.
En plein air, accès libre, ouverte jusqu’à octobre.
Calle Madero, la rue piétonne la plus célèbre de la capitale.


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EZLN : LE BRUIT DU SILENCE

Je me souviens de conversations passionnées avec Pelou lors de sa venue ici au Mexique : l’un des thèmes, l’EZLN et les communautés zapatistes. Pour mémoire, EZLN, c’est Ejército Zapatista de Liberación Nacional, o sea, Armée Zapatiste de Libération Nationale. Cela faisait quelques années que l’EZLN ne faisait plus la une des journaux. Mais le silence n’est pas toujours signe de mort ou de reddition. Et il est parfois beaucoup plus puissant que les coups médiatiques.


Photo Radio Zapatista http://radiozapatista.org/?p=7360

Le 21 décembre 2012 marque la fin du 13ème Baktún, une unité de temps du calendrier maya (de presque quatre siècles). D’où l’importance de la date pour les héritiers du monde maya, les Chiapanèques. Un symbole, une date clé, que les Chiapanèques zapatistes ne pouvaient donc pas laisser passer.

Le 21 décembre au petit matin, 50 000 zapatistes ont défilé en silence, jusqu’au cœur de cinq villes, San Cristóbal de Las Casas, Ocosingo, Las Margaritas, Comitán et Altamirano, les cinq mêmes villes qu’ils avaient prises le 1er janvier 1994. C’était la naissance publique, dans le sang, la force et la douleur, de l’EZLN, après dix ans de vie secrète : l’EZLN est en fait né en 1984.

Il y a quelques années, à peine quelques miliers de zapatistes ou sympathisants civils se réunissaient lors des mobilisations publiques. Après six ans de silence, 50 000 zapatistes défilent silencieusement à travers cinq villes du Chiapas, dans une organisation milimétrée malgré la présence de 50 000 personnes, un nombre qu’ils n’avaient même pas eux-mêmes osé espérer. La seule action notable, elle aussi silencieuse, aura été de monter, l’un derrière l’autre, sur une scène montée pour l’occasion, lever le poing, avant de redescendre pour continuer au sein de la marche silencieuse.

Sur le parvis de la Cathédrale de San Cristóbal de Las Casas :


Photo http://sipaz.wordpress.com/tag/san-cristobal-de-las-casas/

Un silence qui donne des frissons, c’est le pays entier qui reste bouche-bée. Cette marche, ce silence, pourquoi ?…

Pour l’anecdote, une légère bruine caractéristique du Chiapas les a accompagnés du matin au soir le jour de la marche. Cela faisait des jours et des jours qu’elle n’avait pas montré le bout de son nez, et le lendemain, elle est repartie comme elle est venue.

Le 21 décembre, l’EZLN lance un communiqué pour accompagner la marche silencieuse :

Vous avez entendu?
C’est le bruit de votre monde qui s’effondre.
C’est celui du nôtre qui resurgit.
Le jour où il a fait jour, c’était la nuit.
Et il fera nuit le jour où il fera jour.

Démocratie !
Liberté !
Justice !

Cette partie du jour et de la nuit, très difficile à traduire malgré sa simplicité, est également délicate à expliquer et à décrypter. La nuit, tout un symbole zapatiste. Les zapatistes sont nés de la nuit – même Manu Chao le dit dans ses chansons – c’est leur territoire, leur terrain d’action. La première partie fait référence à leurs actions de jour : certes, ils se mobilisent maintenant à la lumière du jour, mais ce qu’ils montrent et revendiquent, c’est la nuit au sens zapatiste du terme, leur monde, leur origine, leur heure de gloire, c’est la nuit. « Le jour où il a fait jour, c’était la nuit ». Leurs actions sont celles de gens de la nuit, des indigènes qui ont vécu cachés trop longtemps, qui viennent de la nuit. Un des peuples chiapanèques, les Tzotziles, très présent à San Cris, tient son nom de la nuit : « Tzotzil » signifie « les hommes chauve-souris », les hommes de la nuit.

Lorsqu’ils sont apparus publiquement en 1994, les zapatistes sont sortis cagoulés. La cagoule passe-montagne, symbole d’un de leurs grands messages : « lorsque nous étions à visage découvert, vous ne nous voyiez pas. Il a fallu nous cacher le visage pour que vous nous remarquiez ». Mais pourquoi inaperçus à visage découvert ?

Le passe-montagne et le paliacate (foulard), symboles zapatistes :

Faisons un léger retour dans le temps. En 1984, six amis révolutionnaires comptent monter un coup d’État contre le gouvernement en place. Pour s’organiser, rien de tel que de partir dans la jungle, là où personne ne viendra les déranger, puisqu’il n’y a personne. Raté. Lorsqu’ils arrivent, il y a bien des indigènes qui vivent dans la jungle chiapanèque, et pas qu’un peu. Mais ils sont oubliés de tous, n’existent pas pour le gouvernement mexicain, encore moins pour l’Etat Civil, ils n’existent pas, car ils n’ont pas d’identité. Pas l’officielle, en tout cas. Les six révolutionnaires en question, émus par la condition des indigènes qu’ils rencontrent, laissent de côté leur coup d’Etat, et transforment leur cause, ils apprennent à connaître ces indigènes, à les défendre, à revendiquer leurs droits. Des six, seuls deux apparaissent en 1994 lorsque se montre enfin l’EZLN, le Subcomandante Marcos et le Subcomandante Pedro. Pedro ne survivra pas au 1er janvier 1994, laissant seul le Sub’ Marcos. Après dix ans de vie secrète, dix ans de nuit, dix ans de silence, l’EZLN prend cinq villes chiapanèques à l’aube du 1er janvier. Tout ce temps, les indigènes avaient eu le visage découvert. Tout ce temps, ils étaient passés pour inexistants aux yeux du gouvernement. Le 1er janvier, lorsqu’ils apparaissent cagoulés, on les voit, on leur prête enfin attention.

De la même manière qu’en 1994, l’EZLN resurgit avec un message puissant (et très émouvant). Le 21 décembre dernier, c’est le silence qui leur permet de se faire entendre.

Parce que non content d’être brillant et fin stratège (l’armée zapatiste, pour moi, a la meilleure organisation qui soit), le Sub’Marcos est aussi un grand poète. Au-delà des livres de poésie dont il est auteur, vous notez la poésie de sa façon de penser ?…

Le Sub’ Marcos, le sourire dans les yeux.


Photo La Vanguardia.

J’attendais impatiemment le communiqué qui allait suivre.
Ils l’ont lancé ce soir, à 20h36, 30 décembre 2012. J’ai pleuré un bon moment. Je suis impressionnée et émue que l’Histoire se fasse en ce moment, autour de moi, à côté de moi, presque avec moi.
Ce nouveau communiqué est beau, il est emprunt de la finesse caractéristique de Marcos.
Vous le trouverez en espagnol sur le site officiel de l’EZLN : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2012/12/30/el-ezln-anuncia-sus-pasos-siguientes-comunicado-del-30-de-diciembre-del-2012/
Je vous le traduis bientôt. Parce que Marcos n’écrit pas (publiquement) tous les jours, mais quand il écrit, c’est non seulement beau, mais long. Très long.

Depuis un certain temps, mon membre fantôme me démange, j’ai nommé le Chiapas. En ces temps d’activité zapatiste forte, l’aimant Chiapas est surpuissant, c’est de la torture, de devoir rester au D.F. un jour de plus, il faut me retenir à coup de camisole de force pour que je ne saute pas dans un bus avant demain. Mais rassure-toi Chiapas mon amour, je suis en train de ronger les sangles de ma camisole avec les dents : j’arrive bientôt.

Un très grand merci à toi et à ton infinie patience, petit chiapanèque qui m’explique tout ça non sans t’arracher quelques cheveux au passage.

Un avant-goût…

Il y a 13 jours, j’étais de sortie photos. J’ai ramené de jolis clichés avec moi, mais je n’ai pas franchement le temps de m’en occuper. Ceci dit, il serait quand même temps, 13 jours plus tard, de vous laisser un aperçu haut en couleurs.
Un indice de la sortie en question, il s’agit d’un des plus grands lieux de pélerinage, un 12 décembre, j’en avais déjà parlé sur le blog.

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Une première publication au Mexique…

J’ai publié il y a quelques jours sur le Pythonscope un article sur la Santa Muerte, la fameuse Sainte Mort mexicaine (vous la connaissez, j’espère ?). Oui, c’est un squelette aussi, mais non, rien à voir avec mes classiques dessins de catrinas (comme ceux de l’expo) : il s’agit là d’un culte religieux vraiment particulier.

La Santa Muerte (ou Sainte Mort) est une figure de culte mexicaine issue du syncrétisme entre diverses croyances très anciennes du monde précolombien et le christianisme importé par la plus récente colonisation, bien que l’Église catholique entre autres, la considère comme diabolique et condamne sa vénération.

Divinités mayas et aztèques, préhispanique fête des morts célébrée le 2 novembre, Vierge de Guadalupe (elle-même d’origine syncrétique), onction des malades (mort en paix avec Dieu, où l’on demande une « Sainte Mort »), l’Apocalypse et la fameuse « Mort à la faux » sont autant d’influences reconnues.

La légende populaire veut que la Sainte Mort soit née (ahah) dans les années 1960, mais des traces de son culte remontent jusqu’au 18ème siècle, dans des villages du centre du Mexique. Si elle est souvent associée à divers types de délinquance (narcos, racaille, crime organisé…), et si elle reste un symbole indissociable de Tepito, de loin le quartier le plus dangereux et le plus craint de México, ses origines sont en réalité bien différentes et un peu plus « saintes ».

Illustration de la Santa Muerte pour la revue mexicaine Generación

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Chaque numéro de Generación a un thème particulier, souvent assez délicat ou polémique, toujours culture assez underground et/ou alternative (drogues, arts, sexe, etc). Celui-ci porte sur le quartier chaud de Tepito. Il y a dix jours, nous fêtions à la pulquería les 24 ans de la revue, qui ne devait, selon toutes espérances, (sur)vivre que quelques années lorsqu’elle est née. Aussi résistante que sa vieille carne de directeur Carlos Martínez Rentería (vous devez commencer à vous rappeler de son nom, à force) surnommé « El Demonio » par ses meilleurs amis, Generación est toujours là, bien vivante.

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MUAC

On dirait un nom de bisou, mais c’est l’esplanade du MUAC, le Musée Universitaire d’Art Contemporain, qui appartient à l’immense UNAM, j’ai donc découvert un autre coin de la ville universitaire, celui des théâtres et salles de spectacles. En fait, je ne me suis aventurée que dans le hall d’entrée, j’ai surtout pris le soleil livre de Jodorowsky en main, en attendant d’aller voir le très beau spectacle de danse de ma coloc Alexia dont je n’ai pas de photos.

Muac

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